J’expérimente quelque chose de grand.
Je ne sais pas encore comment le nommer.
Mais j’avance.
Femme meurtrie,
femme opérée,
femme en rémission,
femme debout,
et toujours
femme sacrée.
Aujourd’hui, j’ouvre la première Voix du Jardin.
Qui suis-je aujourd’hui ?
Je suis une femme qui explore un autre « moi-m’aime ».
Je me croyais installée.
Je me tenais droite.
Je maîtrisais mon cap.
Et puis, le tsunami.
Plus d’espace pour tergiverser.
Il faut lâcher.
Tout.
Faire un pas dans le vide.
Un pas dans la foi.
Bonjour cancer.
Toi qui fais peur.
Toi qui emportes encore tant de vies.
Je t’ai regardé en face.
Je me suis même surprise à parler à mes cellules,
à ces petits crabes qui marchent de côté,
qui refusent de mourir,
qui s’amalgament et prolifèrent.
Je leur ai dit :
“Je comprends votre logique de survie.
Mais aujourd’hui, c’est moi qui choisis de vivre. Et vous allez devoir partir.
Il n’y avait rien à négocier.
J’aime la vie.
Et je sais que je vais vivre.
Qu’ai-je perdu qui m’a le plus transformée ?
L’illusion du contrôle.
Le cancer m’a imposé une humilité radicale.
J’ai perdu mes cheveux.
Mon énergie.
Des relations.
Un cap professionnel.
Des certitudes.
Mais je ne suis plus à l’heure du bilan.
Je suis à l’heure de respirer autrement.
Chaque matin, en ouvrant les yeux.
Chaque soir, en les fermant.
J’écoute mon corps.
Mon cœur.
Les messages subtils.
Les peurs.
Les élans.
On ne choisit pas l’épreuve.
Mais on choisit la manière dont on l’habite.
Comment ai-je vécu le diagnostic ?
As-tu déjà eu un accident de voiture ?
C’est brutal.
Ça percute sans prévenir.
Le monde ralentit.
Quand le mot tombe, il n’y a plus qu’un seul projet : vivre.
Tout le reste devient secondaire.
Il ne reste que l’essentiel.
Mes enfants.
Et cette question : qu’est-ce que je veux laisser derrière moi ?
La maladie ne m’a rien enlevé.
Elle m’a révélée plus forte.
C’est quoi, renaître autrement ?
Ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre.
C’est chercher l’alignement.
Dans le corps.
Dans les choix.
Dans les relations.
Renaître, c’est ajuster la température intérieure.
Ajouter une couche.
En retirer une autre.
Jusqu’à trouver le point d’équilibre.
Ce n’est pas fabriquer une version héroïque de soi.
C’est accepter l’entre-deux.
Respirer.
Se reconnaître.
Mesurer la joie d’être encore là.
J’expérimente une autre facette de ma vie.
Je ne savais pas que je renaissais.
Je croyais seulement que je survivais.
Ni effondrée.
Ni reconstruite.
Mais pleinement vivante.
Auteur : Ysabelle-Rose Mouchigam